
Tout au long de l’année, ATLAS développe de nombreux projets d’action culturelle, destinés à sensibiliser des publics variés aux enjeux et à la pratique de la traduction littéraire.
En 2026, nous vous proposons d’en découvrir davantage sur ces activités : traductrices et traducteurs animateurs d’ateliers, enseignants, partenaires ou encore participants partageront leurs expériences dans des entretiens publiés chaque mois sur notre blog !
Pour ce nouvel entretien mensuel mené par Fanny Viéthel (volontaire en service civique), ATLAS vous propose de rencontrer Sébastien Renou, bibliothécaire pour le Réseau de Lecture Publique de la Dracénie Provence Verdon agglomération.
Depuis 2021, le réseau des médiathèques de Dracénie et Sébastien Renou font régulièrement appel à ATLAS pour faire découvrir la traduction littéraire aux publics des bibliothèques et lycées de la Dracénie (Var).
En plus des ateliers Traducteur d’un jour programmés chaque année, le RLP propose des EAC pour les classes de lycée autour de la traduction littéraire et a accueilli plusieurs éditions du Prix ATLAS des lycéens.
Bonjour Sébastien, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Initialement, je n’étais pas destiné aux métiers du livre. J’ai un master en écologie et protection du littoral et un diplôme universitaire en journalisme. J’ai travaillé pendant plus de dix dans la protection de la nature, notamment dans des projets internationaux de préservation du littoral méditerranéen avec le Conservatoire du littoral. J’ai également été pigiste dans la presse magazine « nature » et j’ai travaillé plusieurs années dans la culture de la vigne et des oliviers. Passionné par la nature et la littérature (avec un faible pour les littératures américaine et sud-américaine), j’ai eu la chance d’intégrer le réseau de lecture publique de la Dracénie comme bibliothécaire il y a bientôt six ans. Nous sommes un réseau de 15 médiathèques plus un médiabus pour une agglomération de plus de 100 000 habitants.
Je fais partie du pôle Adulte et suis notamment en charge des acquisitions des domaines poésie, théâtre, essais littéraires, sciences et techniques et littérature en langue étrangère. C’est à ce titre que je m’occupe du partenariat avec ATLAS et que j’ai repris, depuis mon arrivée, l’organisation des ateliers « Traducteur d’un jour » et initié des EAC (Enseignements Artistiques et Culturels) autour de la traduction avec des classes de lycée.

Comment avez-vous connu l’association ATLAS ?
Si j’en crois la légende locale que m’ont contée mes collègues, c’est en préparant une rencontre à la médiathèque de Draguignan autour des éditions Zulma que mon prédécesseur, Lambert Savigneux, serait entré en contact avec l’association ATLAS. Le premier concours de traduction du Prix ATLAS des lycéens a donc vu le jour en octobre 2019 et un atelier et une rencontre autour de la traduction avaient été proposés en novembre de la même année. Le format a plu, autant chez les participants que les bibliothécaires, et ma direction m’a donc demandé de poursuivre cette collaboration lors de mon arrivée.
Pour ma part, je n’avais jamais entendu parler d’ATLAS avant, mais mes premiers contacts et échanges avec son personnel et ses traducteurs m’ont immédiatement séduit. J’ai depuis également participé deux fois aux Assises de la traduction littéraire à Arles et les thématiques liées à la traduction littéraire me passionnent de plus en plus.

Vous avez accueilli le Prix ATLAS des lycéens de 2019 à 2024 à la médiathèque Jacqueline de Romilly à Draguignan. En quoi cette collaboration a-t-elle été significative pour vous ?
Le Prix ATLAS a été organisé pour la première fois à Draguignan en octobre 2019. Il regroupe chaque année une trentaine de participants. C’est un moment important de la vie de notre médiathèque car durant une demi-journée, une trentaine de lycéens de tout le département se déplacent dans notre commune pour cet évènement. C’est toujours un moment joyeux et studieux de voir ces jeunes, venant parfois de loin, accompagnés de leurs professeurs ou de leur famille, se confronter à cet exercice exigeant et pourtant ludique.
Après deux éditions organisées à Toulon et La Seyne-sur-Mer en 2025 et 2026, nous sommes ravis d’accueillir à nouveau le concours dans nos murs en janvier prochain.
« Jouer avec les mots pour toucher du doigt la naissance d’un texte. »
Est-ce également la raison qui vous a poussé à mettre en place des ateliers d’initiation à la traduction littéraire ? Quels étaient vos objectifs en les proposant à vos publics ?
L’envie d’organiser des ateliers d’initiation à la traduction est venue d’une première rencontre que nous avions organisée avec le traducteur François-Michel Durazzo. La traduction est une bonne porte d’entrée pour parler de littérature et cela permet de s’ouvrir à d’autres cultures. On entre aussi un peu dans les secrets de fabrication d’un roman et cela plaît beaucoup aux lecteurs. En proposant cette formule à nos publics, l’objectif était donc multiple. Leur faire rencontrer un auteur, une langue, un traducteur, s’essayer à cet exercice si particulier et leur permettre de jouer avec les mots pour toucher du doigt la naissance d’un texte. Car même traduit, cela reste une création littéraire.
« L’atelier « Traducteur d’un jour » est devenu un évènement incontournable de notre action culturelle. »

Atelier Traducteur d’un jour, avec Julie Sibony
Comment avez-vous conçu ce format de trois ateliers [qui a été reconduit plusieurs années de suite] : deux auprès de classes de lycées et un en bibliothèque/médiathèque accessible à un public plus large ? Comment s’inscrit-il dans le programme culturel du Réseau ?
Notre réseau de lecture publique est très investi dans l’éducation artistique et culturelle à l’école (EAC). Celle-ci doit d’ailleurs répondre à trois objectifs : permettre à tous les élèves de se constituer une culture personnelle riche et cohérente tout au long de leur parcours scolaire, développer et renforcer leur pratique artistique et enfin permettre la rencontre des artistes et des œuvres, la fréquentation de lieux culturels.
C’est pour cela que dans le cadre des projets EAC, nous proposons trois séances autour de la traduction littéraire à deux classes de Terminale ou de Première. Lors de la première séance, je leur présente le fonctionnement de notre réseau de lecture publique et leur propose une petite introduction à la traduction littéraire avec quelques chiffres et des exemples concrets. Dans un second temps, ils viennent visiter la médiathèque et participent à un atelier de sous-titrage pour aborder une autre facette de la traduction. Ces deux dernières années, nous avons travaillé sur un extrait du film Hunger Games. Avec des tablettes et un logiciel très simple d’utilisation dont ils connaissent le fonctionnement, c’est un atelier qui plaît beaucoup. Enfin, et c’est une des obligations d’un parcours EAC, ils rencontrent un traducteur (souvent une traductrice) qui vient en classe leur parler de son métier et leur proposer une mise en pratique avec un ou plusieurs textes de son choix. Ces ateliers en classe ont lieu un vendredi pour que l’intervenant puisse être disponible le samedi pour un atelier tout public proposé en médiathèque dans le cadre de notre programmation culturelle.
L’atelier « Traducteur d’un jour » est devenu un évènement incontournable de notre action culturelle. Cette année, la programmation était aux couleurs de la « Saison noire ». C’est tout naturellement que l’atelier a été mené par Julie Sibony autour de la traduction de polars. Pendant trois heures, à la médiathèque de Lorgues, treize participants de tout âge ont joué aux apprentis traducteurs. Ils trouvent généralement le temps très court et nous avons même des participants fidèles qui reviennent chaque année.
Quels sont les principaux défis dans l’organisation de ce type d’activités ?
L’organisation de ces ateliers ne pose pas vraiment de problème. Nous pouvons nous appuyer sur le professionnalisme d’ATLAS qui nous propose toujours des intervenants adaptés, motivés et qui savent captiver leur public et transmettre leur savoir et leur goût des mots. C’est plutôt au traducteur ou à la traductrice de tenir le coup. Avec trois ateliers en deux jours, l’intervenant n’a pas beaucoup le temps de profiter des paysages de notre belle région…
« Traduire, c’est donc vouloir connaître l’autre et le faire connaître. »
Vous portez une grande attention au rôle culturel et social des médiathèques du Réseau. En quoi est-ce important d’initier vos usagers à la traduction littéraire ?
Comme nous le répètent souvent les traducteurs invités, la traduction littéraire n’est pas seulement une translation mot à mot d’une langue dans une autre. Traduire, c’est aussi se faire le passeur d’une culture, d’une histoire, d’une langue. Traduire c’est donc vouloir connaître l’autre et le faire connaître. Je trouve que l’exercice de la traduction est une approche vraiment complète de la littérature. Elle vous fait vous intéresser à la fois à l’auteur, à son histoire, sa culture, son œuvre, mais aussi à sa langue, son pays, ses coutumes. C’est un exercice de transmission et de partage vraiment complet et bénéfique.
Quels retours avez-vous eu de la part des participants aux ateliers ?
Ce sont toujours de bons retours. On a testé plusieurs formules. La joute de traduction, l’atelier plus classique autour d’un texte, un atelier en musique, un autre avec un duo de traductrices autour de textes de chansons, et à chaque fois les participants sont ravis et même surpris de leurs productions. Au début de chaque atelier, ils sont un peu frileux et peu sûrs d’eux. Mais dès que le texte arrive, que les échanges se créent avec la traductrice, les mots prennent le pouvoir et chacun s’empare de l’exercice.
Chez les lycéens, c’est la même chose. C’est toujours un plaisir de voir comme les élèves se prêtent au jeu et peuvent parfois faire preuve d’une très belle inventivité.
Et ce ne sont pas toujours les meilleurs élèves qui ont les meilleures idées !
Ces dernières années, vous avez assisté à deux reprises aux Assises de la traduction littéraire à Arles. Pourriez-vous nous parler de cette expérience ? Est-ce une source d’inspiration pour la programmation au sein de votre réseau ?
Oui, bien sûr. Voir la ville d’Arles vivre pendant trois jours au rythme de la traduction littéraire est une expérience mémorable. J’ai pu ainsi participer à plusieurs ateliers de traduction, en anglais, en espagnol ou en allemand. Les interventions, toujours de grande qualité, enrichissent mes connaissances et nourrissent mes futures interventions auprès des élèves. Les Assises sont aussi un moment privilégié pour rencontrer des traducteurs et nouer des amitiés. Cela donne forcément des idées pour de futurs ateliers et cela permet aussi de tester des formats que l’on peut ensuite imaginer proposer à nos publics.
Lors de ma première venue aux Assises de la Traduction à Arles en 2024, j’ai assisté à un concert autour du poète Mahmoud Darwich. Elias Sanbar, le traducteur et ami de Darwich, déclamait en français une sélection de textes du poète palestinien que le chanteur Walid Ben Selim reprenait en arabe accompagné d’une harpe et d’un piano. La traduction de Sanbar nous éclairait sur le sens, mais lors des improvisations du chanteur, j’avais beau ne pas comprendre un seul mot à ses vocalises, j’avais l’impression de parler sa langue. L’émotion était tellement forte ! La salle entière avait les larmes aux yeux et a applaudi de longues minutes à la fin du récital. Sur cette heure de spectacle, je crois que nous parlions tous le même langage. Personne ne voulait que cela se termine. Nous avions vécu un moment de réelle communion. Nous avions perçu à la fois le sens des mots et une émotion physique intense. Je crois que c’est ce que peut nous faire ressentir une bonne traduction littéraire. Sans IA, bien sûr.
Avez-vous des actualités/nouvelles à partager concernant les médiathèques et bibliothèques de la DPVa en 2026 ?
La programmation culturelle 2025-26 touche à sa fin, mais notre équipe a travaillé sur une nouvelle saison qui va encore ravir tous les publics. Vous pourrez dès juillet retrouver le programme sur notre site web : mediatheques.dracenie.com
Une autre bonne nouvelle, c’est que nous poursuivons notre partenariat avec ATLAS l’année prochaine !
