Tout au long de l’année, ATLAS développe de nombreux projets d’action culturelle, destinés à sensibiliser des publics variés aux enjeux et à la pratique de la traduction littéraire. En 2026, nous vous proposons d’en découvrir davantage sur ces activités : traductrices et traducteurs animateurs d’ateliers, enseignants, partenaires ou encore participants partageront leurs expériences dans des entretiens publiés chaque mois sur notre blog !
Pour ce premier entretien mené par Fanny Viéthel (volontaire en service civique), c’est Ameline Habib – responsable des formations et de l’action culturelle chez ATLAS – qui nous parle de son travail et des projets en cours et à venir.

Ameline a rejoint l’équipe d’ATLAS en 2021, après une dizaine d’années passées à l’Agence régionale du Livre Provence-Alpes-Côte d’Azur. Depuis quatre ans, elle organise des formations destinées aux traducteurs et traductrices professionnels ainsi que des ateliers d’initiation à la traduction littéraire pour le grand public. Elle coordonne par ailleurs le Prix ATLAS des lycéens – concours de traduction littéraire.
Comment définirais-tu l’action culturelle ?
L’action culturelle consiste à aller vers divers publics – plus ou moins éloignés de la culture – avec des propositions artistiques et pédagogiques dans lesquelles ils deviennent acteurs du processus créatif. Quel que soit le contexte, c’est une expérience collective qui est proposée. À travers la pratique, les personnes sont invitées à la découverte, à la rencontre et à la réflexion. De façon plus générale, l’action culturelle vise à favoriser une ouverture au monde et une citoyenneté éclairée.
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En quoi l’action culturelle consiste-t-elle chez ATLAS ?
L’action culturelle développée par ATLAS se décline en plusieurs actions visant toutes à faire découvrir et expérimenter l’art de la traduction littéraire.
Le projet le plus ancien est le Prix ATLAS des lycéens qui existe depuis plus de 20 ans. Ce concours de traduction se déploie au niveau régional avec « 7 langues et 7 lieux ». Il implique des lycéens, bien sûr, mais aussi des traducteurs, des enseignants et des bibliothécaires. Chaque année, il se déroule en plusieurs temps : d’octobre à décembre, des ateliers de traduction sont organisés dans les lycées ; en janvier, le concours est accueilli simultanément dans plusieurs médiathèques partenaires réparties sur tout le territoire régional ; en mars, une journée festive de remise de prix a lieu au Museon Arlaten à Arles. Environ 200 jeunes – particulièrement motivés ! – participent gratuitement au concours chaque année. Les lauréats (2 prix par langue) gagnent des chèques LIRE et reçoivent un certificat qu’ils peuvent valoriser sur Parcoursup. C’est le seul concours de traduction pour les lycéens de cette envergure en France, certaines régions nous l’envient !

Depuis une dizaine d’années, ATLAS propose également des ateliers d’initiation à la traduction littéraire – appelés Traducteur d’un jour – animés par des traductrices et traducteurs professionnels. Ces ateliers invitent le public à vivre une expérience d’écriture unique : traduire en collectif depuis une langue étrangère vers le français, sans forcément maîtriser la langue source ! Les participants explorent un extrait littéraire (roman, poésie, chanson, BD, théâtre…) et découvrent, par la pratique, les joies, défis, enjeux et coulisses de la traduction. Dans ce processus, les notions de créativité, d’échange et de plaisir sont primordiales. Les ateliers Traducteur d’un jour s’adressent à tous les publics (y compris scolaires), durent 2 à 3 heures et peuvent réunir jusqu’à une vingtaine de participants.
Lancé en 2020, Quai des langues est le programme le plus récent d’ATLAS en matière d’action culturelle. Tourné vers des publics non-francophones, il revendique la traduction littéraire comme un espace d’hospitalité. Dans ce cadre, ATLAS propose des ateliers de traduction multilingues où les participants vont plutôt traduire du français vers d’autres langues. Les ateliers Quai des langues s’adaptent à des publics variés (âges, origines, niveaux de langues, parcours migratoires…). Ils fonctionnent particulièrement bien avec les classes UPE2A (unité pédagogique pour élèves allophones arrivants) et en milieu carcéral où de nombreuses langues et cultures se côtoient et peuvent devenir un terrain d’expérimentation créative.
Toutes ces actions sont possibles grâce à nos financeurs, à nos partenaires sur le terrain et aux traductrices et traducteurs littéraires qui interviennent pour le compte de l’association.

Comment l’action culturelle a-t-elle évolué depuis ton arrivée ?
La présidente d’ATLAS, Margot Nguyen Béraud, a fait de l’action culturelle l’une de ses priorités. Sous son impulsion, l’association a formé depuis 2020 des dizaines de traductrices et traducteurs littéraires à l’animation d’ateliers grand public. Avec ce vivier d’animateurs, qui couvre un large éventail de langues et une bonne partie du territoire métropolitain, nous avons été en capacité de répondre à une demande croissante dans toute la France, notamment de la part des établissements scolaires. En 2023, le référencement de nos ateliers sur la plateforme Adage a renforcé cette tendance en permettant aux enseignants de financer des ateliers de traduction dans leur établissement (collège ou lycée) avec la part collective du Pass Culture. En deux ans, le nombre d’ateliers organisés par ATLAS a fortement augmenté : on est passé de 32 ateliers en 2022 à 71 ateliers en 2024. L’année 2025 a été plus nuancée : si le nombre d’ateliers est resté élevé (64 au total), une dizaine ont dû être annulés faute de budget.
Quant au Prix ATLAS des lycéens, c’est un projet bien rodé mais qui a pris de l’ampleur ces dernières avec de nouveaux lieux partenaires (notamment dans les Hautes-Alpes), une remise de prix sous forme de journée festive (elle était autrefois intégrée aux Assises de la traduction littéraire) et un suivi de plus en plus personnalisé des participants au concours. Depuis deux ans, j’ai la chance d’être accompagnée dans cette mission par des jeunes en stage ou en service civique. C’est une aide extrêmement précieuse et appréciable !
L’action culturelle fait désormais partie des missions d’ATLAS. En 2025, l’association a d’ailleurs inscrit dans ses statuts qu’elle « a pour objet de sensibiliser divers publics à une culture de la traduction littéraire ». Les actions que nous menons sont de plus en plus visibles, notamment grâce au travail de ma collègue Julie Duthey (responsable de la communication), et notre expertise reconnue et recherchée par les partenaires culturels.

Comment construis-tu les projets ?
La plupart du temps, les ateliers sont organisés à la demande d’une structure : médiathèque, collège ou lycée, établissement pénitentiaire, manifestation littéraire, association socioculturelle… Pour répondre à une demande, ATLAS échange avec le partenaire afin de bien comprendre ses attentes et contraintes éventuelles. Pour construire le projet, nous mettons ensuite à disposition notre expertise et notre réseau de traducteurs-animateurs. Puis vient la phase opérationnelle : mise en relation avec l’intervenant, organisation pratique et suivi administratif. Il arrive parfois qu’un atelier soit organisé à l’initiative d’un traducteur ou d’une traductrice qui a repéré dans sa région une structure potentiellement intéressée par nos actions.
Quelle que soit la façon dont le projet a été monté, chaque atelier est unique : il dépend de la demande du partenaire, du public visé, de l’intervenant·e et du contexte dans lequel il est organisé.
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La culture connaît actuellement des baisses budgétaires conséquentes. Comment cela se traduit-il dans ton travail et comment compose-t-on avec ?
En effet, les enseignants ont de plus en plus de mal à financer des projets avec le budget du pass Culture qui ne cesse de diminuer depuis début 2025. Ces derniers mois, cela s’est traduit par plusieurs annulations d’ateliers de traduction qui étaient pourtant déjà ficelés. Les établissements sont obligés d’arbitrer et nous en faisons les frais.
Jusqu’à présent, nous n’avons jamais eu besoin de « prospecter » pour organiser des ateliers. La problématique était plutôt d’arriver à répondre à toutes les demandes que l’on recevait. Avec les restrictions de budget de toute part, nous allons peut-être devoir procéder autrement… mais il est un peu tôt pour l’envisager.
En ce qui concerne l’édition 2027 du Prix ATLAS des lycéens, nous ne savons pas – à l’heure qu’il est – si nous pourrons encore financer des ateliers Traducteur d’un jour dans les lycées en amont du concours.
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Vers quoi sera tournée l’année 2026 ? Quels sont les dernières actualités ou nouveaux projets à venir ?
Parmi les nouveautés de cette année, il y a un partenariat avec la bibliothèque de l’Alcazar à Marseille pour un cycle de rencontres et d’ateliers autour de la traduction littéraire de juin à octobre. Ce cycle, qui s’inscrit dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026, portera sur les langues du pourtour méditerranéen (arabe, turc, grec…).
ATLAS s’est également associée à un nouveau rendez-vous littéraire, le festival Effets réels, dont la 1re édition aura lieu du 10 au 12 avril à Aix-en-Provence et Marseille. Nous programmerons dans ce cadre un atelier Traducteur d’un jour autour de la langue italienne : ce sera le samedi 11 avril, de 10h à 13h, avec Dominique Vittoz autour d’un texte de Francesca Melandri.

Par ailleurs, nous poursuivons notre travail en milieu carcéral en organisant un cycle de 3 ateliers Quai des langues dans un établissement pénitentiaire entre fin janvier et début février. Ces ateliers sont animés par Lotfi Nia, traducteur littéraire de l’arabe.
D’autres interventions ponctuelles sont prévues, notamment le samedi 14 mars à la médiathèque Confluence à Lodève (Hérault) où Sarah Rolfo, traductrice littéraire, animera un atelier Traducteur d’un jour arabe-français en lien avec une exposition de la maison d’édition marseillaise Le Port a jauni.
Enfin, certains partenariats durent depuis des années et nous y tenons beaucoup. C’est par exemple le cas avec l’Instituto Cervantes (Bordeaux et Paris), avec le réseau de lecture publique de la Dracénie (Var) et avec le réseau de médiathèques Plaine Commune (Seine-Saint-Denis). Leur confiance renouvelée nous encourage à poursuivre nos actions contre vents et marées !
